Lancée lors de la COP22 qui s’est tenue à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016, « l’Initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture Africaine (AAA) » vise à contribuer à la sécurité alimentaire en Afrique, à améliorer les conditions de vie des agriculteurs vulnérables, et à promouvoir l’emploi dans les zones rurales en favorisant les pratiques d’adaptation au changement climatique, en renforçant les capacités des acteurs et acheminer les flux financiers vers les agriculteurs les plus vulnérables. 

L’Initiative AAA répond à l’appel de l’Accord de Paris sur le Changement Climatique, en soutenant les pays africains pour mettre en œuvre leurs Contributions Déterminées au niveau National (CDN). Ainsi, l’Initiative AAA encourage l’implantation de projets tangibles pour améliorer la gestion des sols, la maîtrise de l’eau agricole et la gestion des risques climatiques. Elle s’appuie sur les instruments préconisés par la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques : transferts de technologie, préparation des politiques et stratégies agricoles adaptées, montage de projets « bancables », répondant aux critères des partenaires au développement et des bailleurs de fonds, ainsi que la promotion de la coopération Sud-Sud et triangulaire. 

L’Initiative AAA contribue également à relever les défis plus globaux relatifs à la réalisation des Objectifs de Développement Durable fixés par les États membres des Nations Unies. 

L’Initiative AAA a été saluée par le Sommet Africain de l’Action qui s’est tenu le 16 novembre 2016, en marge de la COP 22 sous la présidence de Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui a promu une initiative africaine et a rappelé à cette occasion que : « Sensible à la vulnérabilité du secteur agricole, et conscient de son importance vitale, le Maroc se mobilise pour la réalisation de l’initiative « Adaptation de l’Agriculture Africaine » ou « Triple A ». Ce dispositif innovant favorise l’adoption et le financement de solutions, destinées à la productivité et à la sécurité alimentaire. » 

Durant la COP22, l’Initiative AAA s’est efforcée de placer l’adaptation au changement climatique au premier rang des préoccupations de la communauté internationale. En effet, la Proclamation de Marrakech, adoptée par toutes les Parties présentes a appelé à « une solidarité forte avec les pays les plus vulnérables aux impacts des changements climatiques et à appuyer les efforts visant à améliorer leur capacité d’adaptation, à renforcer leur résilience et à réduire leur vulnérabilité », réaffirmant l’objectif d’atteindre une mobilisation de 100 milliards de dollars de la part des pays développés. 

Lors de la réunion ministérielle de la deuxième session ordinaire du « Comité Technique Spécialisé de l’Union Africaine sur l’Agriculture, le Développement Rural, l’Eau et l’Environnement », qui s’est tenu à Addis Abeba du 2 au 6 octobre 2017, les ministres ont appelé la Commission de UA à (i) accorder son soutien à l’Initiative AAA comme un moyen pour promouvoir l’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique et (ii) mobiliser les financements et les capacités de développement pour adapter les projets africains à ce contexte. 

L’Initiative AAA est soutenue par les 33 pays africains suivants : Maroc, Algérie, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap-Vert, République Centrafricaine, République démocratique du Congo, Égypte, Éthiopie, Gabon, Gambie, Guinée Conakry, Guinée Bissau, Côte d’Ivoire, Lesotho, Madagascar, Mali, Malawi, Maurice, Mauritanie, Nigéria, Niger, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Soudan, Soudan du Sud, Eswatini (anciennement Swaziland), Tanzanie, Togo et Zambie et plus de pays sont invités à la rejoindre. 

La Première Conférence Ministérielle Annuelle AAA a eu lieu à Marrakech en septembre 2016 en amont de la COP22. Près de 30 ministres africains ont assisté à la Conférence, en plus de présidents et représentants d’institutions et d’organisations nationales et internationales, en plus de chefs d’entreprises et de scientifiques. Suite à la Conférence, le Comité Scientifique de l’Initiative AAA a organisé une réunion d’experts de haut niveau, qui s’est déroulée pendant la COP22, le 13 novembre 2016, sur le thème « L’Adaptation de l’Agriculture Africaine : de la Science à l’Action ». Les discussions ont porté sur les moyens de mobiliser des fonds pour que l’Afrique puisse transformer et adapter son agriculture au changement climatique. L’événement a présenté les stratégies d’adaptation de l’agriculture au changement climatique les plus prometteuses pour le continent africain, capables de garantir la sécurité alimentaire des 230 millions de personnes qui souffrent encore de la faim chronique. 

La Fondation AAA a été créée en janvier 2019, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Elle a pour but de mettre en oeuvre les objectifs de l’Initiative AAA, mais aussi de fournir des services d’assistance et de conseil et de renforcer les capacités des acteurs des décideurs, des institutions locales, des porteurs de projets et des agriculteurs en Afrique. La Conférence Ministérielle Annuelle AAA est désormais inscrite dans le statut de la Fondation en tant qu’organe consultatif chargé d’identifier les programmes d’action nécessaires pour parvenir à l’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique. 

La Seconde Conférence Ministérielle Annuelle AAA est organisée sous la bannière « La Sécurité Alimentaire face au Changement Climatique ». Elle vise à plaider en faveur des efforts soutenus pour assurer la sécurité alimentaire en Afrique, dans un contexte d’accélération du changement climatique, en mobilisant des ressources financières internationales. La Conférence rassemble des institutions financières et techniques de premier plan, en plus des bailleurs de fonds, de représentants du secteur privé, des instituts de recherche et de développement, des universités et des scientifiques, œuvrant tous à promouvoir le renforcement de l’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique. La Conférence réunira également le comité scientifique de l’Initiative AAA, composé d’experts et de scientifiques internationaux de renom, garantissant la pertinence scientifique et technique de la voie à suivre. 

La Seconde Conférence Ministérielle Annuelle AAA est organisée sur deux jours, les 4 et 5 novembre 2019, accueillie par l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir (Maroc). Durant la première journée sera organisée une « Journée Scientifique », conduite par le Comité Scientifique de l’Initiative AAA, avec pour objectif d’examiner les principaux problèmes de l’agriculture africaine, ainsi que la voie à suivre pour mobiliser les ressources financières et promouvoir le rôle du secteur privé, de sorte à garantir la sécurité alimentaire. Parallèlement à la Journée Scientifique, une « Table Ronde des Bailleurs de Fonds » examinera les moyens de mobiliser les fonds nécessaires à l’identification et à la mise en œuvre de projets agricoles en Afrique. Au cours de la deuxième journée, les ministres africains de l’agriculture se réuniront pour donner les hautes orientations sur la vision et les itinéraires stratégiques de l’Initiative AAA. 

TABLE RONDE DES BAILLEURS DE FONDS - 04 NOVEMBRE 2019
PROGRAMME

INTRODUCTION : Les défis auxquels l’Afrique est confrontée, en termes de changement climatique, sont énormes. Leur faire face requière des sources de financement internationales et nationales importantes. Leur répartition est également une question primordiale pour le continent : il est, en effet, essentiel que les fonds soient convenablement répartis entre les pays et soient distribués de manière équilibrée entre les problèmes d’adaptation et d’atténuation. L’adaptation demeure à ce jour le parent pauvre du financement climatique, malgré les besoins croissants du continent. Les ressources actuelles de l’Afrique ne sont pas en mesure de compenser l’impact des fortes augmentations des températures. Le rapport du PNUE sur l’écart entre les besoins et les possibilités d’adaptation au changement climatique indique que les coûts de l’adaptation, même si les émissions sont réduites, risquent d’être deux à trois fois plus élevés que prévu, et indiquent donc que les dépenses se révéleront encore plus considérables. 

COÛTS DE L’ADAPTATION : L’analyse des coûts d’adaptation pour tous les pays en développement pourrait atteindre 150 milliards de dollars d’ici 2025/2030, et entre 250 et 500 milliards de dollars par an d’ici 2050. Ce scénario est également possible, en supposant que d’autres mesures importantes ont été prises pour réduire les émissions au niveau requis, à savoir limiter l’augmentation des températures mondiales au cours de ce siècle à 2° C de plus que les niveaux préindustriels. Pour l’Afrique seule, ce coût représente déjà 7 à 15 milliards de dollars par an pour l’adaptation d’ici 2020 et pourrait atteindre 50 milliards de dollars par an en 2050, même avec un réchauffement stabilisé inférieur à 2° C. 

LE CADRE JURIDIQUE INTERNATIONAL : L’obligation légale des pays développés de financer la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement est évidente. En vertu de l’article 4.3 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), les pays développés se sont engagés à fournir des fonds pour couvrir « l’intégralité des coûts convenus encourus » liés au changement climatique dans les pays en développement. En d’autres termes, ce sont les coûts supplémentaires de la transition d’une croissance économique basée sur les combustibles fossiles vers un développement sobre en carbone et résilient au changement climatique. C’est dans ce contexte que les pays développés se sont engagés fin 2009 à Copenhague à mobiliser conjointement 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, dont 30 milliards entre 2010 et 2012 pour rétablir la confiance entre les Parties et lancer rapidement un certain nombre d’initiatives (appelé financement « à démarrage rapide »). Mais depuis lors, les pays du Sud ne savent toujours pas si les pays développés honoreront l’engagement pris. En l’absence d’un langage commun de définitions, le suivi de ces flux pose d’énormes difficultés. Le financement « à démarrage rapide » a montré les limites de l’engagement pris à Copenhague : une grande partie des flux s’est révélée déjà existante et a été renommée « Aide Publique au Développement ». Une partie du financement était constituée de budgets d’aide humanitaire ou, dans certains cas, de projets climatiques ou écologiques (par exemple, des centrales de charbon « propres », de grands barrages...). 

LA MULTICPLICITÉ DES FONDS CLIMAT : La complexité du processus de financement global du climat provident de la multiplicité des fonds, des canaux par lesquels ils sont déboursés et de la compréhension qui existe d’un point à un autre. Les pays contributeurs affirment avoir atteint l’objectif de démarrage rapide, alors que le volume de financement climatique à moyen terme est plus incertain que jamais et que le financement public n’a que très peu augmenté depuis la fin de 2012. Ainsi, la Commission économique pour l’Afrique a révélé que seuls 45% des pays se sont engagés, 33% ont alloués et environ 7% décaissés. Si le financement climatique a augmenté, c’est souvent dans le contexte d’une stagnation de l’Aide Publique au Développement. Quant à la multiplicité des fonds et des canaux de décaissement, même si elle augmente, les possibilités d’accès des pays bénéficiaires, rend néanmoins le processus très complexe. Ceci est démontré à travers les difficultés de suivi, de comptabilisation, de vérification et de rapportage sur l’usage efficace et équitable du financement climatique. Les mécanismes actuels de financement climatique pèsent lourdement sur la cohérence du financement et le respect des engagements, mais sont très insuffisants par rapport aux besoins exprimés. Les flux financiers très insuffisants et inappropriés face au changement climatique rappellent ainsi, que malgré les besoins élevés et les engagements pris au titre de la Convention, le financement fait toujours défaut dans la quasi-totalité des pays en développement. 

L’Afrique : L’Afrique est trop souvent déconsidérée de la part des bailleurs de fonds : on estime qu’entre 1 et 2 milliards de dollars sont mobilisés chaque année pour l’adaptation de l’Afrique au changement climatique, provenant de différentes sources (fonds climatiques, aides bilatérales, etc.). Des données plus précises sur montrent que depuis 2003, seulement 2,3 milliards de dollars ont été alloués (par le biais de fonds climatiques) à 453 projets et programmes en Afrique subsaharienne, dont 600 millions approuvés en 2014. Seulement 45% des fonds versés sont consacrés aux mesures concernant l’adaptation au changement climatique, ce qui est nettement inférieur aux 7 à 15 milliards de dollars par an nécessaires pour financer les seuls besoins d’adaptation de la région jusqu’en 2020. Étant donné que plus de 45% de la population africaine vit dans des pays dotés des capacités d’adaptation les plus faibles dans le monde, il s’avère crucial d’investir dans les systèmes de services sociaux de base, ainsi que dans le renforcement des capacités institutionnelles. Le financement des efforts d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de leurs effets est énorme en ce qui concerne le renforcement des capacités politiques. Il s’agit, en effet, d’un catalyseur qui peut en même temps contribuer à la lutte contre la pauvreté et au développement durable en Afrique. 

L’objectif de cette table ronde des bailleurs de fonds est de promouvoir les ressources financières nécessaires à l’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique. 

Panel 1 : Priorisation et ancrage du financement climatique 

1. Présentation de la vision et du processus de développement des Plans d’Investissements Climato-Intelligents AAA (CSAIPs)
2. Présentation des résultats et des possibilités de mise en œuvre des CSAIPs.
3. Importance des échanges multinationaux sur le financement climatique. 

Panel 2 : Stratégies régionales pour la mobilisation du financement climatique, AAA en tant que branche agricole du AAI 

1. Présentation des stratégies régionales de mobilisation du financement climatique dans les pays africains.
2. Situation du financement climatique en Afrique et tendances futures.
3. Présentation des résultats du premier dialogue sur la mise en œuvre de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) pour l’Agriculture en Afrique, tenue les 22 and 23 juillet 2019 à Rabat.
4. Rôle du secteur privé dans la vulgarisation sur le marché de l’adaptation/financement ou des subventions et du financement public ? Choix politiques ou facettes d’un système « holistique ». 

Panel 3 : Le Secteur privé 

1. Comment faciliter l’engagement effectif du secteur privé dans l’action pour le climat dans l’agriculture africaine ?
2. Comment construire un partenariat public-privé dans le financement du climat pour l’agriculture africaine ? 

Panel 4 : L’UM6P, Catalyseur de Sciences et de Technologies au service du Développement Agricole en Afrique
Panel 5 : Institut Africain de Nutrition des Plantes: Mettre la Nutrition des Plantes au Premier Plan pour une

LA JOURNÉE SCIENTIFIQUE - 04 NOVEMBRE 2019
PROGRAMME

Le Comité Scientifique de l’Initiative AAA présentera et discutera lors de la Journée Scientifique les quatre thèmes suivants: “Sol”, “Eau”, “Gestion des Risques” et “Finance”. Il est prévu de développer des actions spécifiques après la réunion pour promouvoir et mettre en œuvre des projets concrets sur ces thèmes. 

Panel 1. L’état des sols et l’adaptation au changement climatique en Afrique 

La gestion des sols et le changement climatique sont intrinsèquement liés. D’une part, les sols constituent le deuxième plus grand stockage de carbone après les océans. D’autre part, la hausse des températures et la modification des régimes de précipitations peuvent entraîner une érosion des sols, une perte de fertilité et une diminution de la capacité des sols à sécuriser la production alimentaire. 

Les décideurs et les spécialistes des sols reconnaissent de plus en plus que la dégradation des sols est l’une des causes fondamentales de la baisse de la productivité agricole en Afrique et que, si le processus de dégradation n’est pas maîtrisé, de nombreuses régions du continent souffriront davantage de l’insécurité alimentaire. Malheureusement, il n’y a pas de consensus sur l’étendue et la gravité de la dégradation des sols ou de ses impacts sur l’ensemble des régions africaines. Le manque d’informations et de données concernant les sols est considéré comme l’un des principaux obstacles à la réduction de la dégradation des sols, à l’amélioration de la productivité agricole et à l’adoption d’une gestion durable des terres par les petits agriculteurs. 

Il est urgent d’intervenir proactivement pour arrêter et inverser la dégradation des sols sur le continent africain. La gestion actuelle des sols ne paraît pas actuellement suffisamment robuste pour faire face aux impacts du changement climatique, alors que des bonnes pratiques de gestion durable pourront effectivement améliorer la séquestration du carbone dans les sols. 

Conscient de l’importance de la gestion durable des sols et de l’immense potentiel de séquestration de carbone, le Royaume du Maroc a lancé l’Initiative AAA. Cette Initiative est en synergie avec d’autres initiatives, notamment l’Initiative française 4pour1000, visant à accroître le stock de carbone dans les sols. 

Ce panel a pour objectif de souligner l’importance de la gestion des sols dans le développement de solutions agricoles durables pour l’adaptation au changement climatique en Afrique, en appelant à une synergie entre différentes initiatives, en matière de gestion durable et de résiliente des sols. En effet, le panel aspire à répondre aux questions suivantes : 

1. Comment une gestion des sols résiliente en Afrique parviendra-t-elle à améliorer la capacité d’adaptation au changement climatique pour la sécurité alimentaire ?
2. Un système d’information sur les sols, développé pour l’Afrique, contribuerait-il à de meilleures pratiques de gestion des sols pour d’adaptation au changement climatique ? 
3. Des outils d’agriculture de précision peuvent-ils être mis en œuvre en Afrique et peuvent-ils contribuer à l’adaptation de l’Afrique au changement climatique ?
4. Quelles autres initiatives pertinentes peuvent tirer parti des programmes AAA pour l’adaptation de l’Afrique au changement climatique ? 

Panel 2. Optimiser la sécurité alimentaire en renforçant la résilience de l’eau en Afrique 

Le changement climatique touche tous les pays, mais l’Afrique souffre davantage en termes de sécurité alimentaire, d’aménagement de l’eau et de phénomènes météorologiques extrêmes tels que la sécheresses, les inondations et les cyclones.

L’Afrique se caractérise par une capacité insuffisante d’adaptation, reflétant l’état actuel de l’aménagement de l’eau, de sorte que le nombre de victimes de catastrophes est relativement plus élevé que dans l’autres régions du monde. La variabilité et le changement climatiques doivent être abordés parallèlement aux autres facteurs constitutifs de l’insécurité hydrique sur le continent. 

Les projections climatiques et les trajectoires hydrométrologiques possibles fournissent de nombreuses preuves attestant que les ressources en eau sont vulnérables et peuvent être fortement affectées par le changement climatique, avec des conséquences très diverses sur les sociétés humaines et les écosystèmes. Ces projections prévoient une diminution de la disponibilité en eau dans les régions du nord et du sud de l’Afrique mais une augmentation de la disponibilité en eau en Afrique équatoriale orientale. Ainsi, les régions sèches deviendront plus arides et les régions humides deviendront plus humide, avec pour conséquence, un besoin de stratégies d’adaptations différentiées. 

La sécurité de l’eau est à la fois une préoccupation croissante et un impératif de développement d’une agriculture durable et donc de sécurité alimentaire en Afrique. L’exploitation des ressources en eau disponibles en Afrique demeure très faible (5%), en raison de l’insuffisance des investissements dans le développement et la gestion des ressources en eau. Le déficit d’infrastructures de mobilisation et de distribution de l’eau en Afrique constitue un sérieux défi pour les perspectives de croissance socio-économique. Les niveaux d’investissement ont été jusqu’à présent insuffisants. Les gouvernements africains sont appelés à promouvoir un environnement propice, notamment une législation appropriée, des partenariats public-privé, la participation des communautés locales et des incitations économiques favorisant le renforcement des infrastructures d’approvisionnement en eau pour la sécurité alimentaire et une croissance durable. 

Ce panel a pour objectif de souligner l’importance de l’eau en Afrique et s’attachera à répondre aux questions suivantes :

1. Quels sont les principaux obstacles au renforcement de la maîtrise de l’eau en Afrique et est-ce qu’il y a des différences régionales significatives ?
2. Quel est le rôle des infrastructures hydrauliques dans la réduction des catastrophes naturelles, l’amélioration du développement socio-économique et la préservation des écosystèmes ? 
3. Pourquoi une approche intégrée visant à renforcer la résilience des ressources en eau douce est-elle si importante pour l’Afrique ?
4. La sécurité alimentaire est en partie assurée par un développement approprié de l’irrigation. Quel est l’état des lieux des systèmes d’irrigation et quelles sont les bonnes pratiques en Afrique à reproduire, à petite ou à grande échelle ?
5. Comment les pays africains devraient-ils gérer des principaux impacts et pressions, notamment de l’activité humaine, du déclin des écosystèmes et du changement climatique sur l’état écologique des eaux et sur la sécurité alimentaire ?
6. Comment pouvons-nous renforcer et affermir les partenariats entre les secteurs public et privé afin de consolider la sécurité de l’eau en Afrique ?
7. Comment renforcer les capacités des acteurs aux niveaux régional, national et local pour traiter les problèmes auxquels l’Afrique est confrontée en matière de sécurité de l’approvisionnement en eau ? 

Panel 3. La gestion des risques climatiques : L’assurance agricole en Afrique 

Toutes les activités économiques sont soumises à diverses sources de risques. L’agriculture est exposée à plusieurs facteurs de risques, notamment engendrés par les aléas climatiques exacerbés. Par le changement climatique, ou d’autres risques liés à la volatilité des prix sur les marchés. Ces risques entraînent une variabilité relativement élevée en termes de production et de revenu. Face aux aléas climatiques, deux stratégies sont généralement mises en œuvre :

• La première consiste à agir dans la prévention, par des actions ex ante qui évitent ou limitent la variabilité de la production. Différentes techniques agricoles permettent de réduire la sensibilité aux aléas climatiques : systèmes de culture sans travail du sol, irrigation et drainage, utilisation de variétés adaptées à l’environnement local, lutte intégrée contre les maladies et ravageurs, lutte contre l’érosion des sols, etc.
• La deuxième consiste à réagir à un aléa climatique pour compenser la perte de revenus liée à la baisse ou la perte de production. L’intervention peut être publique (à titre d’exemple : l’indemnisation lors d’une catastrophe naturelle) et/ou privée (comme dans le cas de l’assurance récolte). 

La prévention ne suffit pas ; il faut agir en aval du risque pour limiter son impact sur le revenu de l’agriculteur. Les stratégies ex post de gestion des risques appartiennent à trois catégories : les risques peuvent être assumés, transférés ou gérés. Néanmoins, au cours des dernières années, un nombre croissant de programmes pilotes en Afrique ont mis en place une assurance agricole (y compris une assurance indicielle) pour gérer le risque covariant (un risque qui concerne simultanément un grand nombre de personnes) dans le secteur agricole. 

Forte de son expérience réussie au Maroc, la Mutuelle Agricole Marocaine D’Assurances (MAMDA) a accompagné les pays africains dans le développement de l’assurance agricole. Ainsi, depuis 2016, des accords de coopération ont été signés, dans le cadre de la coopération Sud-Sud avec huit pays africains (Côte d’Ivoire, Rwanda, Tanzanie, Madagascar, Nigéria, Ghana, Burkina Faso et Zambie). De nombreux défis spécifiques au contexte africain doivent être surmontés, tels que l’absence de profondeur et la qualité des données de rendement et / ou des données météorologiques, l’absence et/ ou la fiabilité des stations météorologiques, les faibles budgets de l’États pour les subventions aux primes et à la structuration de l’écosystème de l’assurance agricole (l’organisation de l’assurance, l’existence de coopératives, etc.). La combinaison de l’importance de l’agriculture dans les économies africaines et des effets dévastateurs des catastrophes sur la production agricole entraînera inévitablement le recours à l’assurance comme moyen efficace d’atténuer les risques et de développer la finance rurale. 

Ce panel vise à souligner l’importance de l’assurance agricole en Afrique et tend à répondre aux questions suivantes :

1. Quel est l’intérêt des pays africains pour développer l’assurance agricole dans le contexte de la gestion des risques climatiques ?
2. Quels sont les défis à relever pour mettre en place ce type de produit ? 

Panel 4. Financer l’adaptation de l’agriculture africaine 

En Afrique, l’agriculture représente entre 25% et 70% du produit intérieur brut dans la plupart des pays, et emploie plus de 70% de la main-d’œuvre, principalement dans de petites exploitations familiales. Malgré ce rôle socio-économique majeur, la productivité agricole reste inférieure à celle d’autres régions du monde et ce déficit s’aggrave devant les effets du changement climatique. 

Afin d’encourager les agriculteurs à adopter les technologies améliorées et pratiques adaptées et nécessaires en vue de l’augmentation de la productivité agricole, et afin de renforcer la résilience au changement climatique et générer plus de revenus, il est nécessaire d’accroître les investissements dans le secteur. Cela nécessite un investissement public accru, comme le prévoit la Déclaration de Maputo, mais également un meilleur accès au financement privé, y compris dans le secteur bancaire. En effet, le manque d’accès au financement est une contrainte majeure pour les agriculteurs qui souhaiteraient investir dans la gestion durable de leurs terres, puisque seuls 6% des agriculteurs africains bénéficient actuellement du crédit bancaire. Plusieurs facteurs concourent à cette situation : la fragmentation des exploitations, la multiplicité et la diversité des besoins de financement, le manque de garantie et d’assurance, le déficit d’organisation des secteurs agricoles, etc. Cependant, malgré la complexité du financement de l’agriculture, le Maroc a une expérience convaincante : avec le Plan Maroc Vert, le Maroc a renforcé, modernisé et diversifié son agriculture, en s’appuyant notamment sur l’accès des agriculteurs au financement bancaire. Le Crédit Agricole du Maroc, un leader du secteur depuis près de 60 ans, a mis en place un système innovant permettant de financer plus de 30% des agriculteurs marocains, quel que soit leur taille et leur profil de risque. Ce système repose notamment sur la complémentarité entre la banque commerciale traditionnelle, « Tamwil el Fallah », filiale du mesocrédit agricole, et la Fondation ARDI, filiale du microcrédit rural. Cette complémentarité permet de couvrir tous les besoins de financement des exploitations agricoles pour mieux développer leurs projets. Ainsi, les fonds mobilisés au niveau international, dans le cadre de l’Initiative AAA, peuvent être redéployés et distribués à leurs bénéficiaires ultimes, c’est-à-dire des gestionnaires d’exploitations de différentes tailles et caractéristiques, leur permettant d’investir dans une agriculture résiliente au changement climatique. 

Ce modèle unique, comptant une décennie d’expérience et bénéficiant d’une reconnaissance internationale, convient aux pays africains dont les secteurs agricoles sont pour la plupart confrontés aux mêmes défis que le Maroc. Conscient de l’urgence des problématiques climatiques et partenaire fortement mobilisé au sein de l’Initiative AAA, le Crédit Agricole du Maroc s’est engagé à partager son expertise en Afrique, dans le domaine du financement de l’agriculture, afin de soutenir le développement de projets d’adaptation de l’agriculture au changement climatique sur le continent. En outre, et en plus du financement bancaire, de nombreux fonds à impact ont vu le jour ces dernières années, en parfaite adéquation avec le souhait des investisseurs de générer non seulement un retour sur investissement financier, mais également de créer de la valeur pour les agriculteurs, en particulier les plus jeunes, et de promouvoir le développement d’une agriculture durable (Fonds LDN, etc.). 

Ce panel a pour objectif de souligner l’importance du financement des programmes AAA en Afrique and aspire à répondre aux questions suivantes : 

1. Quelles sont les interactions et les complémentarités entre les différents opérateurs financiers ?
2. Quels sont les mécanismes permettant de maximiser les synergies et de renforcer l’adoption, par les agriculteurs africains, des pratiques durables et résilientes ?